ON N’APPREND
À LIRE
QUE
MILLE FOIS

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" On n’en finit pas d’apprendre à lire, comme on n’en finit pas d’apprendre à […] nager " ou à parler… L’éveil aux langages a montré que pour comprendre une autre langue, il faut d’abord comprendre ce qu’est une autre langue. Nous venons au monde dans une langue et dans une culture données et non dans les deux mille autres possibles. Il faudra ensuite beaucoup de mal et beaucoup de malles avant de réaliser que ce même monde peut être autre à travers une autre langue – voire à travers d’autres langues à l’intérieur même de ce que nous appelons une langue.

Il est donc indispensable de prendre conscience que l’écrit est, en soi, une langue en propre. Et ce n’est évidemment pas en sonorisant l’écrit qu’on y parviendra, mais bien en re-construisant un monde directement avec de l’écrit – sans les cris, avec les seuls yeux. Cela on ne l’apprend qu’une fois – et peut-être, pour certains, jamais, hélas !

Ensuite ou en même temps, il faut aussi apprendre et reconnaître tous les assemblages possibles de lettres, de même qu’on l’a fait et qu’on le fera encore à l’oral. Le français oral peut se satisfaire de 200 à 300 " mots " (assemblages particuliers à partir de 36 phonèmes). Le français écrit demande 2 000, voire 20 000, " mots " (assemblages particuliers à partir de 26 graphèmes). Il faut connaître ces assemblages, ainsi que les associations de ces assemblages, pour pouvoir les reconnaître. On apprend donc à lire chaque fois que l’on rencontre un " mot " nouveau et (surtout) chaque fois qu’on le voit dans une nouvelle association avec d’autres " mots " pour construire un sens. On apprend à lire chaque nouveau texte.

Ensuite ou en même temps, il y a l’écrit anglais, maltais, albanais… et celui des 2 000 autres langues de notre globe.

Il faut donc bien aborder (monter à bord) des milliers de pages, des milliers de feuilles… des milliers de fois. Pour une fois, c’est mille fois. Voire mille fois mille fois.

Pour mettre dans le mille
on fera à Émile
dévorer mille fois
mille feuilles
pendant mille et une nuits.


Mille millions de mille abords !

Jean-Pierre LEPRI