Jean-Pierre Lepri

Façonneur de monde,
ex-analphabète,
Legophile et legodidacte
Multilingue et lectodingue

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Retrouvez la majorité (et beaucoup d'autres...) de ces textes dans
Les actes de Lecture
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Construire le sens
(préface du tome 1)

Façonner le monde
(préface du tome 2)
Jeu de Lego
(préface du tome 3)
Ne lisez surtout pas cette préface
(préface du tome 4)

L’écriture
JEU-ENJEU, JE EN JEU, JE ENJEU ?

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Des finitions

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Singe

Mille fois

Des sens


clignot.gif (4562 octets) Pourquoi la plupart des hommes préfèrent ne pas savoir -surtout ce qui pourrait les déranger- et pourquoi quelques autres cherchent à en savoir toujours plus ? Les premiers pensent éviter ainsi de perdre du sens à leur vie, les seconds espèrent l’enrichir. Car le sens (s’)use lorsqu’on s’en sert. Aussi faut-il soit le faire durer, soit le renouveler. Mais surgit tôt ou tard, et plutôt plusieurs fois qu’une, la question fondamentale sur le sens de sa vie. Il ne serait pas vraiment faux de dire que la réponse à cette question est quelque part dans les millions de livres qui ont été écrits depuis des millénaires et que celui qui sait lire peut la trouver. Mais, parce que la lecture est construction permanente de sens, celui qui sait lire et qui lit est, d’une part, plus riche d’éléments qu’il a repris à son compte (de ses lectures) et, d’autre part et surtout, est plus familier des processus de construction de sens. Ainsi se trouve-t-il mieux armé pour construire le sens de sa vie. Voilà pourquoi il vaut mieux connaître un peu de physique, un peu de biologie, un peu d’histoire...que pas du tout. Voilà aussi pourquoi il vaut mieux parler une ou plusieurs langues étrangères que n’en point parler, lire que ne pas lire... Toutes actions de production de sens.
Ainsi ne peut-on que se réjouir que des groupes comme LSA-17 cherchent à faire lire, à faire comprendre comment on lit et comment on fait lire, à faire construire du sens...à partir du plaisir (des sens). Car l’éveil au sens ne va pas sans l’éveil des sens et le sens n’existe que par nos sens. Vérité et valeurs sont bien affaire de sens.
Pour les atteindre, lisons et faisons lire ce livre d’entraînement au sens et d’entraînement à l’entraînement au sens.
Car bon sens ne saurait mentir.

 

clignot.gif (4562 octets) Trois hommes sont occupés à la " même chose ". Pourtant, lorsqu'on les interroge, le premier répond : " je creuse un trou ", le second : " je gagne ma vie ", le troisième : " je construis une cathédrale "... Observons, au passage, que la réponse du second inclut celle du premier et que celle du troisième inclut celle de ses prédécesseurs.

De la même manière, trois enfants " lisant " un livre pourraient successivement répondre : " je sais lire ", " j'aime lire ", " je construis une cathédrale ou un autre monde (avec une nouvelle cathédrale ou sans elle) et j'ai recours à l'écrit pour cela ". Observons qu'ici aussi la réponse du second inclut celle du premier et que celle du troisième inclut celle de ses prédécesseurs.

Savoir lire (comme creuser un trou) et aimer lire (comme gagner sa vie) sont, en eux-mêmes et pour eux-mêmes, de bien peu d'intérêt. Ce qui compte - même si l'on n’en a pas toujours conscience -, c'est de façonner le monde, avec l'aide de l'écrit et d'autres langages. Et c'est bien (exclusivement) pour cet ouvrage que la meilleure maîtrise du plus de langages possibles a alors un intérêt.

De la même manière encore, parler de la lecture, c'est comme traiter du trou. Parler du goût et de l'intérêt pour la lecture, c'est comme traiter du gagne-pain. Construire une cathédrale (un monde) avec l'aide de langages (dont l'écrit), c'est alors traiter, non du sens du texte, ni du sens que le lecteur donne à ce texte, mais du sens que le sens que ce lecteur donne au texte a pour lui. Voilà pourquoi, au passage, les débats sur la (seule) lecture sont si passionnels : ils traitent, au fond et sans le savoir, du sens du monde et du sens de soi dans le monde.

Les plus beaux paysages ne sont pas situés dans l'espace, mais dans le temps : revus à quelque temps d'intervalle, ils ne seront pas aussi beaux ou ils le seront davantage. L'orientation (le sens) n'est pas spatiale, mais temporelle.

Toutes les cathédrales ne se valent pas. La valeur est ce qui (leur) donne un prix.

Les temps et les valeurs sont ainsi les éléments constitutifs du sens (pour soi) du monde et de soi dans le monde. Le monde et ses langages (dont l'écrit) nous façonnent, tout comme nous les façonnons. Travaillons donc à façonner le monde (à construire des cathédrales). Ne travaillons plus à creuser un trou ou à empiler une pierre sur une autre. Ne travaillons plus à (apprendre à) stocker ou à empiler des mots ou des phrases... mais à façonner le monde avec des écrits (et avec d'autres langages).

Merci au groupe LSA-17 de nous donner des outils pour sortir du trou, du gagne-pain et pour viser la construction de cathédrales. Il y a des gens qui parlent et des gens qui agissent. Mais tout comme on peut parler sans dire grand chose, on peut aussi agir sans œuvrer. Cheminons donc, avec les albums et avec ce magnifique groupe LSA-17, vers le dévoilement de l'œuvre personnelle : nous, les élèves, les parents, les professeurs, les formateurs de professeurs, les autres... Que le premier soit premier et l'accessoire accessoire !
Soyons, avant tout, des artisans de monde. Des artisans à façon. Sans façons.
A l'œuvre donc !

 

clignot.gif (4562 octets) JEU DE LEGO

Lire, c’est comprendre… La formule est bien insuffisante : Lire, c’est comprendre par les yeux un texte écrit … est plus conforme à la réalité de l’acte de lire et de son apprentissage.

Cet acte suppose, en effet, un texte écrit, formé de " mots " -lesquels n’existent d’ailleurs qu’à l’écrit. Un texte, c’est au moins deux mots- mais deux mots, voire trois mille mots ne font pas nécessairement un texte. Le texte –même origine que textile- est, en effet, un tissu d’éléments. Le sens du texte est dans la relation entre les mots, entre les mots et leur con-texte… il n’est pas dans les mots. Il n’y a pas davantage de texte sans contexte, c’est sans conteste.

Il n’y a pas de texte sans lecteur. C’est le lecteur –et lui seul- qui lit, qui lie les unités de sens entre elles. Lego : je lis. Lego : ce jeu de construction, si justement nommé, où l’important n’est pas les briques, mais ce qu’on en fait lorsqu’on les relie entre elles. Lego : je lis. Lego : je lie. L’important du Lego, c’est le jeu, c’est le je, qui lie, qui lit.

Car sans jeu, il n’y a pas de je, et réciproquement. Pas de lecteur sans texte, pas de texte sans lecteur. Pas de lecture, sans je, pas de lecture sans jeu, et réciproquement. On peut savoir lire, on peut aimer lire… et ne pas lire. Car ce qui compte, ce n’est pas tant le sens du texte, c’est la signification du texte (pour le lecteur). Ce qui compte, c’est la raison pour lire (comme, ce qui compte, ce n’est pas tant vivre que la raison de vivre).

Toucher à la lecture, c’est donc toucher au sujet. Entraîner à lire, c’est entraîner à être sujet.

Dans tout cela, les yeux jouent le rôle essentiel. Il faut comprendre le texte écrit du regard, sans la parole, sans le son. Que ne jouons-nous à Lego en silence ! Ce jeu-là se construit par l’œil - et ce je-là aussi.

Merci encore à cet entreprenant et persévérant groupe LSA-17 de nous offrir de nouveaux éléments pour toujours mieux construire ce sujet lecteur. Grâce à son travail, Lego devrait pouvoir être un peu moins un jeu (un je) de massacre et un peu plus le jeu du je, le je du jeu. Lego, c’est bon pour l’égo.

 

clignot.gif (4562 octets) Ne lisez surtout pas cette préface !

Trop tard ! Vous avez commencé à la lire. Alors je continue à l’écrire.

Je ne vous connais pas, je ne vous vois pas… et pourtant vous me comprenez. Merveilleuse langue que l’écriture qui permet de se comprendre seulement du bout des yeux. Une langue d’une nature toute différente de la langue orale, un peu comme celle des sourds-muets : par le seul moyen des yeux. Et d’une structure propre, particulière et différente de la langue orale (français écrit/français oral), particulière et différente aussi d’autres langues écrites (français écrit/anglais écrit…).

Lire, c’est nécessairement pratiquer une autre langue, celle des textes écrits en français déjà - et par exemple. Apprendre à lire, c’est donc bien apprendre une autre langue.

Remercions donc encore cet étonnant, détonnant et détonant groupe LSA-17 qui propose de nouveaux moyens pour s’entraîner à être bilingue en français.

Non, vraiment, il vaut mieux que vous ne lisiez pas cette préface,t mais que vous lisiez plutôt le travail de ce groupe. Et surtout que cette lecture ait un sens pour vous. Que vous ayez, pour cela, une raison, un objectif, une cible. Que, pour y être sensible, vous ne soyez pas sans cible.

Et pour que vos apprentis sages le soient davantage (d’avantage).

Ne lisez pas cette préface (trop tard, damned !). Lisez plutôt ce livre.

 

clignot.gif (4562 octets) PUBLICATIONS

Articles Ouvrages
Former des enseignants ?, in Savoir  8, juillet-décembre 1996, pp 329-343, traduit en espagnol et publié au Mexique par le Secrétariat à l'Education de l'Etat de Jalisco.

L'école en Guinée-Bissao contemporaine, in Lusotopie 1-2, L'Harmattan, 1994, pp 391-397, publié également à Bissao dans la revue de l'I.N.E.P. (Institut national d'études et de recherches)

Les temps et la formation, Se Former+ 17, Voies Livres, Lyon, 1992, 31 p.

Enseigner ? Apprendre ?,  Se Former+ 10, Voies Livres, Lyon, 1992, 35 p., repris en partie in Empan 15, Toulouse, septembre 1994, traduit en espagnol : ¿Aprender ?

Qu'est-ce que lire ?, Voies Livres 708, Lyon, 1991, 49 p.

Comment se construit la signification du texte écrit ?, Voies Livres 66, Lyon, 1992, 23 p.

Education et nationalité en Guinée-Bissao. Contribution à l'étude de l'endogène en éducation, Voies Livres, Lyon, 1989, 580 p

Images de la femme dans les annonces publicitaires des quotidiens de Mexico, Voies Livres, Lyon, 1991, 252 p.

Apprendre à lire pour apprendre (dir.), Voies Livres, Lyon, 1995, 273 p.